Aller au contenu principal
Lire le magazine
Philosophie Magazine
S’abonner Boutique Newsletters
  • Le Fil
  • Les Grandes Idées
  • Les Philosophes
  • L’Expresso
  • Philonomist
  • Philolive
S’abonner Boutique
  • Le Fil
  • Les Grandes Idées
  • Les Philosophes
  • L’Expresso
  • Philonomist
  • Philolive
Se connecter Rechercher
Philosophie magazine n°178 - mars 2024

Avril 2024

Philosophie Magazine #178

Comment cultiver la bonne humeur ?
Acheter ce numéro
  • Magazine
  • Dossiers
  • Concepts
  • Citations
  • Agenda
  • Livres
  • Bac Philo
Suivez-nous
  • Bluesky
  • Facebook
  • Instagram
  • Linkedin
  • Threads
  • X

© Christopher Anderson / Magnum photos  

Hors-série "L'art de ne rien faire"

André Comte-Sponville : "Le bonheur n’est ni dans l’avoir ni dans l’être, il est dans le faire"

André Comte-Sponville, propos recueillis par Sven Ortoli, publié le 22 juillet 2023 8 min

Quel sens Horace donna-t-il à son vers Carpe diem ? Profiter de l’instant sans souci des conséquences, ou ne rien faire – au risque de confondre veulerie et repos ? Est-il question d’occulter la condition humaine ou d’habiter notre existence le plus heureusement possible ? Pour André Comte-Sponville, le mieux est surtout de « cueillir l’éternité ».

 

Carpe diem. Si la formule d’Horace renvoie aujourd’hui à une forme d’hédonisme, à l’idée qu’il faut « profiter » de la vie, que signifiait-elle à l’époque d’Horace ?

André Comte-Sponville : Elle avait la même signification que celle d’aujourd’hui, que chacun comprend : « cueillir le jour », autrement dit savoir profiter du moment présent sans trop se préoccuper de l’avenir. Hédonisme, oui, mais à courte vue ! Il y a là comme une sagesse minimale, aussi pertinente qu’insuffisante. Que le plaisir vaille mieux que la souffrance, cela va de soi. Et qu’il vaille mieux vivre au présent que s’enfermer dans la rumination du passé ou l’attente de l’avenir, j’en suis évidemment d’accord. Mais cela suffit-il ? L’étudiant qui prépare son examen, s’il devait se contenter de cueillir le jour, aurait-il encore le courage de travailler ? Et le prof qui prépare ses cours ou corrige ses copies ? Et le paysan qui retourne sa terre ? Et le maçon qui monte son mur ? Et l’ouvrier à la chaîne ? Et l’écrivain ou le philosophe, qui noircit son papier ? Car enfin on ne travaille guère, sauf exception, que pour l’avenir. Et le militant qui se bat pour la justice, la paix ou la liberté ? Et l’homme politique qui fait campagne ? S’il ne s’agissait que de cueillir le jour, c’est-à-dire d’aller au plaisir par le plus court chemin, il n’y aurait ni études, ni travail, ni politique. C’est en quoi le carpe diem est lié au loisir, au temps libre, à ce que les Latins appelaient en effet « l’otium », qu’ils opposaient aussi bien au travail manuel qu’à l’action politique. Autant dire que cela ne saurait valoir pour le tout de l’existence ! Que le plaisir vaille mieux que la souffrance, cela ne prouve pas que le repos soit toujours préférable à l’effort, ni l’inaction à l’action, ni la paresse au courage. Ne confondons pas l’hédonisme et la veulerie !

 

Horace est-il épicurien ? Et qu’aurait pu dire Épicure de cette formule, au demeurant très belle ?

Oui, Horace est épicurien, à sa façon approximative et douce-amère, comme des milliers de Romains de son temps : pas un épicurien dogmatique ou de stricte obédience, comme Lucrèce, mais plutôt (comme le sera Montaigne, grand lecteur d’Horace) une espèce de sympathisant, qui aime Épicure sans toujours se sentir tenu de penser la même chose que lui. Quant au poème en question (que je me suis amusé à traduire en alexandrins blancs dans mon Dictionnaire philosophique, à l’entrée « Carpe diem »), il est plus mélancolique que frivole : il s’agit de jouir tant qu’il en est encore temps, et d’autant plus que tout avenir – sauf la mort – est incertain. Épicure en eut été d’accord, sans en être dupe. Pourquoi ? Parce que beaucoup de nos plaisirs sont comme traversés d’angoisse ou d’insatisfaction : l’insatisfaction du cupide, qui en veut toujours plus, l’angoisse de l’avare, qui a peur de perdre, celle des amoureux, qui voudraient ne faire qu’un et ne le peuvent... Lucrèce est autrement plus profond qu’Horace quand, à propos de la passion amoureuse et de la prétendue fusion du coït, il évoque « je ne sais quelle amertume qui jusque dans les fleurs prend l’amant à la gorge ». S’il ne s’agissait que de jouir, la vie serait facile. Mais on veut aussi aimer, être aimé, posséder, garder, et tout se complique ! Surtout, Épicure aurait rappelé à Horace que les plaisirs les plus hauts sont les plaisirs spirituels (la philosophie, l’amitié), qu’Épicure appelait « des biens immortels » – c’est qu’ils n’ont affaire qu’au vrai, qui ne meurt pas. Ce que j’ai résumé en une formule, qu’on ne trouve ni chez Horace ni chez Épicure mais qui me paraît plus proche de l’esprit de celui-ci que de celui-là : carpe aeternitatem – cueillir l’éternité ! Disons que c’est une lecture spinoziste d’Épicure, ou une lecture épicurienne de Spinoza, ou ma façon d’articuler les deux lectures que j’en fais.

Cet article est réservé aux abonnés
Pour lire la suite, abonnez-vous ou connectez-vous si vous êtes abonné.
Les concepts liés à cet article
Cynisme
Désir
Dieu
Épicurisme
Fatalisme
Infini
Joie
Mélancolie
Mort
Passion
Voir tout le lexique
Expresso : les parcours interactifs
Popper et la science
Avec Popper, apprenez à distinguer théorie scientifique et pseudo-sciences, pour mieux débusquer les charlatans et (enfin) clouer le bec à ce beau-frère complotiste !
Découvrir Tous les Expresso
Sur le même sujet
Bac philo
2 min
Bonheur
Nicolas Tenaillon 01 août 2012

Le bonheur est un état de satisfaction durable et complet. Il ne se réduit donc pas au plaisir qui est toujours bref et partiel. Mais si chacun connaît des moments de plaisir, tous n’atteignent pas le bonheur. D’autant qu’être heureux…


Article
4 min
André Comte-Sponville : “L’éternité, c’est quand tout s’arrête et que le présent continue”
Alexandre Lacroix 14 juillet 2022

André Comte-Sponville nous a accordé un magistral entretien sur les relations entre lucidité, bonheur et désespoir, que nous publions dans le…

André Comte-Sponville : “L’éternité, c’est quand tout s’arrête et que le présent continue”

Article
3 min
« Éternité », par André Comte-Sponville
04 octobre 2013

En partenariat avec les Presses universitaires de France, Philosophie magazine propose chaque jour une entrée du «Dictionnaire philosophique» d'André Comte-Sponville. Aujourd'hui: « Éternité ».


Article
8 min
"Skholè", "otium" : l’oisiveté des philosophes
Octave Larmagnac-Matheron 22 juillet 2023

Et si, pour comprendre ce qu’est le loisir, nous nous tournions vers nos lointains ancêtres, Grecs et Romains ? La skholè et l…

"Skholè", "otium" : l’oisiveté des philosophes

Bac philo
5 min
Faut-il préférer le bonheur à la vérité ?
Aïda N’Diaye 10 mai 2022

Analyse des termes du sujet « Faut-il » Synonymes : est-ce un devoir, une obligation, une contrainte, une nécessité ? « préférer » Synonymes : choisir (choix exclusif ou inclusif), privilégier, favoriser… « bonheur » Termes…


Article
2 min
Où trouver le bonheur ?
La Rédaction 14 novembre 2023

Existe-t-il une recette du bonheur ? Probablement pas plus qu’il y a de chemise de l’homme heureux, mais cela n’a jamais empêché les philosophes de la chercher : pour Aristote, le bonheur est lié à la contemplation des vérités…


Dialogue
10 min
Viveret, Comte-Sponville, Bruckner. Être ou avoir
Oriane Jeancourt-Galignani 24 octobre 2007

Dans le monde capitaliste, l’aspiration au bonheur est orientée vers la consommation, et la satisfaction se mesure au produit intérieur brut. Pour…

Viveret, Comte-Sponville, Bruckner. Être ou avoir

Entretien
17 min
André Comte-Sponville : “Il est trop facile de n’aimer que les vérités agréables et rassurantes”
Alexandre Lacroix 07 juillet 2022

André Comte-Sponville n’a eu de cesse de questionner les rapports entre le bonheur et l’absence d’illusions. Une réflexion liée à son histoire…

André Comte-Sponville : “Il est trop facile de n’aimer que les vérités agréables et rassurantes”

Article issu du Hors-série n°N°58 Été 2023 Lire en ligne
À Lire aussi
André Markowicz : “Poutine est entré en guerre contre son propre peuple”
André Markowicz : “Poutine est entré en guerre contre son propre peuple”
Par André Markowicz
septembre 2022
Pascal Bruckner : “Je ne grimpe pas pour vaincre les cimes mais pour continuer à grimper”
Pascal Bruckner : “Je ne grimpe pas pour vaincre les cimes mais pour continuer à grimper”
Par Frédéric Manzini
janvier 2022
Pascal Bruckner : “Sempé aura créé une sorte de grotesque sublime”
Pascal Bruckner : “Sempé aura créé une sorte de grotesque sublime”
Par Pascal Bruckner
novembre 2022
  1. Accueil-Le Fil
  2. Entretiens
  3. André Comte-Sponville : "Le bonheur n’est ni dans l’avoir ni dans l’être, il est dans le faire"
Philosophie magazine n°178 - mars 2024

Avril 2024

Philosophie Magazine #178

Comment cultiver la bonne humeur ?
Voir tous les numéros
Informations
  • À propos
  • Philosophie magazine Éditeur
  • Contributeurs
  • CGU/CGV
  • Contact
  • Contact
  • FAQ
  • Mentions légales
  • Publicité
  • Votre avis nous intéresse
Suivez-nous
  • Bluesky
  • Facebook
  • Instagram
  • Linkedin
  • Threads
  • X