Avril 2024
Philosophie Magazine #178
Une année d’élection c’est du bruit – beaucoup de bruit. Des invectives sur les plateaux TV, des chaînes d’informations alarmistes en continu, des alertes angoissantes sur le téléphone : le brouhaha médiatique est si fort qu’il provoque chez certains un véritable malaise psychique. Et dans ce flot permanent de bruits et d’informations dramatiques : il faut parfois formuler un avis. « Iel », tu en penses quoi toi ? Et la dernière polémique ? Et Zemmour ? Au lieu de répliquer, on pourrait à l’inverse apprendre individuellement à se taire et à faire silence autour de nous, et en nous. Facile ? Bien sûr que non. Selon Sénèque, le silence se conquiert de haute lutte, car le bruit est dans notre nature profonde : nous sommes des animaux bruyants.
Le bruit est dans notre nature. Alexandre Vincent, dans un article intitulé « Les silences de Sénèque », nous éclaire sur le caractère intemporel, naturel et intempestif du bruit à toutes les époques. En lisant la correspondance de Sénèque avec son ami Lucilius, on découvre que les nuisances sonores en tout genre n’ont pas attendu les klaxons des voitures pour exister : elles sont consubstantielles à toutes les cités humaines. Sénèque, qui vivait dans une rue agitée près d’un gymnase, devait supporter à longueur de journée « la respiration sifflante » des sportifs, les gémissements de ceux qui se font « épiler les aisselles » mais aussi les cris « du pâtissier, du charcutier, du confiseur, de tous les brocanteurs de tavernes » en plein commerce. Les hommes font du bruit pour vendre mais aussi pour se vendre : pour prouver leur valeur en racontant « de cercle en cercle le bien qu’ils ont fait » et en « rebattant les oreilles » de tout le monde. Bref, l’humain est un animal vantard – et bruyant.
S’il est si difficile de faire silence, c’est aussi que nous entretenons un rapport de fascination-répulsion avec le bruit. Nous vivons, écrit Sénèque, « dans la fièvre et la débandade ». Cet état de fébrilité nous pousse à nous détourner du calme pour prêter attention à « la vaine rumeur », au « moindre souffle » et aux plus petits « gazouillis »… qui n’ont pas attendu Twitter pour nous distraire. Mais si le bruit, la dispute et la rumeur nous attirent, ils ont aussi tendance à nous faire « ressentir un fond d’inquiétude permanent ». C’est la raison pour laquelle, selon Sénèque, nous pouvons et nous devons tenter vaincre le bruit. Voici cinq conseils pour apprendre à faire silence.
Quoi de commun entre la Rome hyperactive de Sénèque (4 av. J.-C.-65 par. J.-C.) et nos rues en période de confinement ? Le bruit – celui…
Philosophe et psychanalyste, auteur d’une “Défense du secret” (Payot, 2015), Anne Dufourmantelle donnera une “leçon” consacrée au “silence dans la…
Le philosophe Pierre Vesperini, grand spécialiste de l’Antiquité, nous propose ici le portrait d’un inconnu : le père du philosophe Sénèque,…
Alors que l’accélération de nos rythmes quotidiens nous donne le sentiment de ne pas avoir le temps de vivre, la lecture d’un court texte de…
Tout fait trop de bruit, et le silence semble devenu un luxe réservé à une élite, y compris dans les zones non urbaines. Le silence est-il une…
Quand les thérapeutes et autres coachs s’inspirent des sagesses antiques pour nous faire retrouver la sérénité et le bien-être, on peut se demander si Sénèque, Épictète ou Marc Aurèle sont solubles dans le grand marché du développement…
Ce n’est pas interdit, mais il est rare de parler à voix haute dans les musées. D’où vient cette loi du silence ? Quatre philosophes vous passent…
Des podcasts et des émissions comme « À bientôt de te revoir », « On est chez nous » ou encore « Un bon moment …