Avril 2024
Philosophie Magazine #178
La mesure était attendue et redoutée, le président de la République l’a confirmée dans son intervention télévisée de mercredi soir : à compter de samedi minuit, un couvre-feu sera mis en place de 21 heures à 6 heures du matin dans plusieurs grandes villes (Lille, Grenoble, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Toulouse, Saint-Étienne), et dans l’ensemble de l’Île-de-France pour endiguer la propagation du coronavirus. Un dispositif qui devrait durer six semaines. Le choix du terme de « couvre-feu » n’est pas neutre : il évoque, inévitablement, les « heures sombres de l’histoire », et s’inscrit dans la rhétorique martiale employée depuis le début de la pandémie par Emmanuel Macron. Dès mars, il affirmait que « nous sommes en guerre ». Dans la foulée de l’intervention du président, l’Académie nationale de médecine s’est fendue d’un communiqué invitant à « éviter une terminologie (couvre-feu) évoquant plus des ordonnances de sécurité intérieure que des mesures de santé publique ». L’utilisation d’un vocabulaire coercitif et militaire peut sembler particulièrement étonnante venant de Macron, qui se présente comme un héritier des Lumières et de leur idéal d’émancipation individuelle. Le progressisme aurait-il tendance à se retourner contre lui-même ? C’est déjà ce que pensait le philosophe Albert Camus. Selon lui, « la philosophie des Lumières aboutit alors à l'Europe du couvre-feu. »
Cette puissance martiale qui se croit juste est peut-être, au fond, un ennemi plus dangereux que le virus.
Si, étymologiquement, la justice et le droit sont très proches (jus, juris, qui donne l’adjectif « juridique »), la justice est aussi une catégorie morale et même, chez les anciens, une vertu. Nous pouvons tous être révoltés…
L’État, notion proprement politique, désigne l’autorité la plus haute pour gérer le vivre ensemble. Il se distingue de la société à laquelle il impose son arbitrage lorsque des conflits apparaissent entre les intérêts privés. Détenteur…
Analyse des termes du sujet « La politique » L’exercice du pouvoir politique, l’existence d’une communauté politique. « un rapport de forces » Des rapports de domination et de soumission, le conflit, la simple opposition.
Alain Supiot a récemment publié deux livres importants, La Justice au travail (Seuil, Libelle) et Lettres à l’auteur des lettres persanes (édition…
La Chaleur. Pour Céline, c’est un cauchemar, un brasier infernal. Pour Camus, c’est une expérience délicieuse faite d’ombre, de lumière et de…
Après René Girard et Roger Caillois, notre « livre du jour » consacré à la guerre est l’œuvre d’Alexis Philonenko (1932-2018). Dans…
Y a-t-il une alternative à la raison des Lumières qui ne soit pas antimoderne et irrationnelle ? Oui, répond Yves Citton dans…
Les Britanniques sont confrontés à une résurgence de maladies de l’ère victorienne. Ce phénomène montre que l’immunité est une construction…