Avril 2024
Philosophie Magazine #178
« Je vote pour Mariani. Le bonhomme me plaît. J’en n’ai rien à foutre du programme de Mariani, je vote Mariani les yeux fermés. » Ces propos, recueillis lundi par l’humoriste Guillaume Meurice lors de sa chronique quotidienne sur France Inter, prêtent à sourire. Sur le plateau, d’ailleurs, les rires fusent. Voter pour quelqu’un sans rien connaître de son programme paraît, sans doute, absurde, car fondamentalement irrationnel. Mais pour autant, votons-nous seulement pour un programme ? Au fond, comment choisissons nous un candidat ?
Cette question, chacun se la posera, d’une manière ou d’une autre, dimanche prochain, pour le premier tour des élections régionales. Aristote montrait déjà qu’en la matière, la raison n’est pas l’unique critère : la force de conviction d’un candidat tient à trois facteurs entrelacés – les fameux pathos, logos et ethos.
Comment choisissons nous pour qui voter ? Comment un homme politique parvient-il à nous convaincre de le choisir pour être notre représentant ? Aristote se posait déjà la question il y a deux millénaires, dans la Rhétorique. À ses yeux, la force de conviction a trois facettes : le pathos, « rappel aux passions » de l’auditoire, l’ethos, le « caractère moral » de l’orateur, et le logos, « le discours lui-même » qui relie l’émetteur et le récepteur.
Ces trois pôles de la conviction sont légitimes, aux yeux d’Aristote : il est certainement aberrant de voter seulement en fonction de l’ethos du candidat « les yeux fermés », mais il n’est pas absurde de faire une place, dans nos choix, à son caractère – ou à ce que nous croyons en savoir. Telle est peut-être, au fond, la vraie question : comment savons-nous que l’autre est digne de confiance ? Qu’il est, lui-même, convaincu de ce qu’il dit ? Qu’il n’essaie pas, seulement, de séduire l’électeur ?
La réponse tient sans doute en partie au premier terme de la typologie d’Aristote, que l’on avait laissé de côté : le pathos. Non le pathos suscité chez le public, mais le pathos, l’engagement affectif de l’orateur à l’égard de son propre discours. Il est, bien sûr, possible de feindre cet attachement, mais faire montre de sa conviction implique, assurément, une forme d’implication émotionnelle : le pathos témoigne de ce que le discours que l’on porte n’est pas seulement un raisonnement impersonnel débité sans affect, mais qu’il est incarné, ancré, incorporé au plus intime de l’orateur. L’ethos se dévoile dans le pathos qui se dégage d’un logos.
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