Avril 2024
Philosophie Magazine #178
Il y a des semaines comme ça, où les rencontres sont moins agréables que d’autres. Cela a frappé Sven Ortoli : il a croisé ces derniers temps le chemin de trois hommes qui l’ont étonné à la fois par ce qui les unissait – l’arrogance – et par ce qui les distinguait – l’arrogance… Or donc, pourquoi l’arrogance est-elle si difficile à définir, alors même qu’on la reconnaît immanquablement dès qu’on lui fait face ?
« À quoi reconnaît-on l’arrogance ? La psychanalyste (et philosophe) Sophie de Mijolla-Mellor a consacré un livre à cette question, où elle constate en préambule que “l’arrogance est si répandue et variée dans ses manifestations que l’on pourrait douter de la possibilité d’en cerner la nature bien que l’intensité des sentiments essentiellement négatifs qu’elle provoque en retour en fait un phénomène clair en soi”. Comme souvent, on le reconnaît quand on le rencontre, mais on a du mal à le définir. D’où l’idée de commencer par une sorte de taxonomie, une classification qu’une équipe de psychologues de l’université du Missouri emmenée par le professeur Cowan a tenté d’établir. Tout en précisant qu’il s’agit là d’un continuum, ils ont relevé trois types :
Si je résume à ma manière, le premier se prend pour un géant, le second pour un géant parmi les nains. Le troisième pour un géant qui pratique le lancer de nains. De chic, j’ai le sentiment que chaque arrogant est un cocktail de ces catégories, mais mon expérience récente offre une perspective, sans valeur statistique certes, mais peut-être complémentaire. Parmi les trois hommes que j’évoquais, il y avait en effet :
À la réflexion, il faudrait ajouter deux personnages supplémentaires à ma liste : le premier n’hésite pas, remarque Bertrand Russell, “à faire preuve d’arrogance en formulant des hypothèses osées – quitte à se mettre tout le monde à dos”. En réalité, il voit plus loin que les autres, et ce qu’on appelle son arrogance est un effet de la myopie des spectateurs. Et du second, on pourrait dire qu’il est, comme l’égoïste d’Oscar Wilde, quelqu’un qui ne pense pas à moi. M’enfin, dirait Gaston, est-ce possible ? »
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