Avril 2024
Philosophie Magazine #178
Coexister avec les animaux, c’est bien beau en théorie – et l’on peut remplir des pages émerveillées sur l’ontologie de la vie sauvage, sur l’être-au-monde de la corneille, de l’ours ou du coyote. Mais comment s’y prend-on, concrètement, face à un sanglier qui nous charge, un chien errant dans une rue de Rome ou un puma dans une rue de San Francisco… voire simplement un rat affamé et des colonies de moustiques ?
Dans ce guide pratique et très utile, Face à une bête sauvage (Premier Parallèle, 2021), la philosophe Joëlle Zask examine au cas par cas comment « vivre avec » lorsque, justement, c’est impossible. Ces courtes fiches très documentées sont autant d’expériences de pensée qui désenchantent nos relations aux non-humains : considérer que les animaux ne sont ni nos amis, ni nos ennemis, est le début du voisinage.
Le petit guide de Joëlle Zask peut se lire comme les travaux pratiques de son essai Zoocities, paru en août 2020. De plus en plus, les animaux sauvages, privés de leurs conditions d’existence par l’activité humaine, se rapprochent des villes. La philosophe, prenant acte de ce phénomène, interrogeait dans ce livre les possibilités de refaire des cités, c’est-à-dire des « communautés de vie », contre une conception de la ville comme séparée de la nature. Elle examine cette fois onze cas concrets, à partir de onze animaux sauvages (de la corneille au moustique, en passant par l’éléphant, le serpent ou le coyote…) dont la présence plus ou moins envahissante est aujourd’hui signalée dans les villes, y cause des dégâts voire représente un danger pour les humains. Et là, la Cité n’est pas facile à imaginer !
Où l’on apprend qu’il peut être efficace de « faire le mort » à plat ventre pour se protéger de l’attaque d’un ours – mais pas d’un éléphant qui n’aura aucun scrupule à vous écraser ; qu’il faut surtout rester debout face à un sanglier, et ne pas regarder un chien errant dans les yeux ; et qu’en général, il vaut mieux ne pas s’agiter (facile à dire) et prier en dernier recours ! Chaque cas est également examiné en fonction des mesures collectives et/ou publiques qui sont, ou pas, possibles à trouver pour une cohabitation avec ces animaux.
Prenons trois exemples :
Face à une bête sauvage, de Joëlle Zask, vient de paraître aux Éditions Premier Parallèle. 176 p., 9€, disponible ici.
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