Aller au contenu principal
Lire le magazine
Philosophie Magazine
S’abonner Boutique Newsletters
  • Le Fil
  • Les Grandes Idées
  • Les Philosophes
  • L’Expresso
  • Philonomist
  • Philolive
S’abonner Boutique
  • Le Fil
  • Les Grandes Idées
  • Les Philosophes
  • L’Expresso
  • Philonomist
  • Philolive
Se connecter Rechercher
Philosophie magazine n°178 - mars 2024

Avril 2024

Philosophie Magazine #178

Comment cultiver la bonne humeur ?
Acheter ce numéro
  • Magazine
  • Dossiers
  • Concepts
  • Citations
  • Agenda
  • Livres
  • Bac Philo
Suivez-nous
  • Bluesky
  • Facebook
  • Instagram
  • Linkedin
  • Threads
  • X

Serge Gainsbourg en 1980. © Ulf Andersen/Gamma-Rapho

Je t’aime… moi non plus

Cédric Enjalbert, publié le 15 septembre 2023 3 min

« “I want to fuck her.” On se souvient de cette saillie de Serge Gainsbourg en smoking sur un plateau de télévision face à Whitney Houston, bouche bée. Cette séquence m’est revenue alors que la maison de l’artiste, rue de Verneuil à Paris, s’apprête à ouvrir ses portes à la visite le 20 septembre. Je me suis demandé pourquoi lui, qui coche a priori toutes les cases pour être “annulé”, ne l’est pourtant pas.

“What ! What did you say ?”, répliquait Whitney Houston qui n’en croyait pas ses oreilles, tandis que Michel Drucker tentait laborieusement de s’en sortir : “Il dit que vous êtes très jolie”, “Il a dit : ‘J’aimerais bien vous offrir des fleurs’ !” Et Gainsbourg de renchérir, hilare : “Pas du tout, j’ai dit que je voudrais bien la baiser”, avant de bredouiller des excuses éthyliques sous les rires du public, en lui passant une main baladeuse dans les cheveux…

C’était en 1986 mais cette séquence hallucinante paraît préhistorique : on boit, on fume sur le plateau et les émissions déraillent en direct. La consommation et la promotion d’alcool et de cigarette ont été réglementées. La place du direct a été réduite au profit des émissions enregistrées. Surtout, #MeToo est passé par là ! Mais Serge Gainsbourg résiste, bien qu’il puisse incarner un répulsif : tabac, alcool, misogynie et propos scandaleux. Je vois quatre hypothèses à l’aura persistante dans l’imaginaire collectif du “dégueulasse type” – dixit Catherine Ringer, qui aura elle aussi été la cible de ses propos sexistes.

1) La stature du génie. Serge Gainsbourg, ce sont des titres magnifiques, polis de façon maniaque. Des mots qui vont et qui viennent entre ses mains, des rimes, des boums et des bangs, qui agitent nos cœurs blessés. De remarquables concept-albums comme L’Homme à tête de chou (1976). Chacun de ses petits papiers formait des palimpsestes recouverts de biffures et d’amendements. Cette architecture poétique et musicale géniale force le respect… mais le génie n’est pas une immunité !

2) La séduction du maudit. La mort relativement précoce du compositeur l’a fait définitivement basculer dans le clan des romantiques maudits, auxquels il s’est tôt identifié. L’exposition que lui consacrait la Bibliothèque publique d’information, à Paris, témoignait de son attrait pour les figures littéraires comme Rimbaud, Baudelaire et Poe, les surréalistes, les dadaïstes, Nerval et Nabokov… Il s’est forgé son personnage de révolté à la laideur manifeste, marginal à Repetto blanches, lecteur de Schopenhauer, damné dostoïevskien dont même les excès se veulent esthétiques.

3) La nostalgie d’une époque. Le chanteur ravive pour certains le fantasme d’une période que n’aurait pas abîmé le “politiquement correct”. Mais la nostalgie qu’il appelle est aussi plus intime. On écoute Gainsbourg parfois d’une oreille distraite, sensible à tout ce qu’il évoque. Enfant en banlieue, je me souviens que mes voisins avaient chez eux une statuette en bois avec des oreilles énormes, tel un fétiche inca, représentant le chanteur qu’ils admiraient. Dans mon souvenir, il ne me plaisait pas trop. Mais j’aimais bien cette époque.

4) Le totem au musée. Finalement, Gainsbourg ne résiste pas à l’esprit du temps malgré tout. Il incarne au contraire tout ce que l’époque rejette mais qui appartient à un passé, que certains peuvent regretter, mais bel et bien révolu. Gainsbarre ne serait pas ainsi seulement un “déguelasse type” mais aussi un “idéal-dégueulasse-type” – pour pasticher le sociologue Max Weber, qui parle d’idéal-type pour désigner les traits caractéristiques d’un groupe social. Il serait le totem d’une époque défunte, un personnage historique… qu’on est content de voir au musée ? »

➤ Recevez la newsletter quotidienne et gratuite de Philosophie magazine dans votre boîte mail. Et pour profiter de tous nos articles, choisissez l’offre d’abonnement payante qui vous convient le mieux.

Les concepts liés à cet article
Art
Féminisme
Langage
Métaphore
Mythe
Voir tout le lexique
Expresso : les parcours interactifs
Mes amis, mes amours...
Notre amour peut-il aussi être notre ami (et inversement) ? Vaste question, qui invite à analyser le rôle de l'amitié dans les relations amoureuses.
Découvrir Tous les Expresso
Sur le même sujet
Article
7 min
“Succession” : qu’y a-t-il après le patriarcat ?
Ariane Nicolas 06 novembre 2021

La série Succession, dont la troisième saison est diffusée sur OCS depuis la mi-octobre, met en scène une famille américaine richissime qui se…

“Succession” : qu’y a-t-il après le patriarcat ?

Article
2 min
Benoît Jacquot. Jacquot bat des “elle”
Martin Legros 25 septembre 2014

Son dernier film, 3 cœurs, nous avait envoûtés. Après Les Adieux à la reine, adaptation du roman historique de Chantal Thomas, Benoît Jacquot y…

Benoît Jacquot. Jacquot bat des “elle”

Article
4 min
Fête de la musique : vive l’Homo Festivus !
Ariane Nicolas 21 juin 2021

Faut-il tonner contre la Fête de la musique, cette célébration nationale de la maîtrise hasardeuse d’un instrument de musique ou du chant a…

Fête de la musique : vive l’Homo Festivus !

Article
3 min
Roger Berkowitz : “Donald Trump fait éclater les limites du politiquement correct”
Martin Legros 19 avril 2016

[Actualisation : Donald Trump a été élu 45e président des États-Unis, mercredi 9 novembre 2016] Alors qu’il accumule les provocations, le…

Roger Berkowitz : “Donald Trump fait éclater les limites du politiquement correct”

Article
6 min
Pourquoi sont-ils les champions du politiquement correct ?
Alexandre Lacroix 20 septembre 2012

Moins soucieux de spéculations abstraites que d’applications concrètes, les Américains ont fait de l’éthique un outil pour réguler les comportements, et particulièrement les relations entre hommes et femmes.


Le fil
1 min
Un intellectuel afro-américain contre les excès du "politiquement correct"
Jean-Marie Pottier 22 décembre 2020

Thomas Chatterton Williams, 39 ans, est l’un des intellectuels américains les plus en vue. Contributeur au New York Times Magazine, cet Afro-Américain est…

Un intellectuel afro-américain contre les excès du "politiquement correct"

Article
2 min
Orwell : saluer le printemps contre le politiquement correct

   


Article
2 min
Jean-Michel Jarre. Futuriste
Sylvain Fesson 20 janvier 2016

Il dit avoir toujours été « branché » par « les concepts philosophiques » et regretter que la France soit victime d’une vision « thèse, antithèse,…

Jean-Michel Jarre. Futuriste

À Lire aussi
Vinciane Despret : “Nous sommes capables de nous lier à des gens que nous ne rencontrerons jamais”
Vinciane Despret : “Nous sommes capables de nous lier à des gens que nous ne rencontrerons jamais”
Par Vinciane Despret
décembre 2020
Une préhistoire du patriarcat
Une préhistoire du patriarcat
Par Ariane Nicolas
décembre 2020
Le patriarcat était-il déjà présent à la préhistoire ?
Le patriarcat était-il déjà présent à la préhistoire ?
Par Ariane Nicolas
décembre 2020
  1. Accueil-Le Fil
  2. Articles
  3. Je t’aime… moi non plus
Philosophie magazine n°178 - mars 2024

Avril 2024

Philosophie Magazine #178

Comment cultiver la bonne humeur ?
Voir tous les numéros
Informations
  • À propos
  • Philosophie magazine Éditeur
  • Contributeurs
  • CGU/CGV
  • Contact
  • Contact
  • FAQ
  • Mentions légales
  • Publicité
  • Votre avis nous intéresse
Suivez-nous
  • Bluesky
  • Facebook
  • Instagram
  • Linkedin
  • Threads
  • X