Avril 2024
Philosophie Magazine #178
En septembre dernier s’ouvrait à Rome le « procès du siècle » – « le plus important depuis celui de Palerme, en 1986-1987, qui avait porté un coup dur à Cosa nostra » : 452 membres ou complices supposés de la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise, commençaient à comparaître devant Nicola Gratteri, le procureur général de la ville de Catanzaro. Dans un entretien accordé récemment au Monde, ce dernier revenait sur les spécificités de cette mafia méconnue, qui compte pourtant parmi les plus puissantes du monde. « La ‘Ndrangheta […] cultive sa marque de fabrique. C’est un peu comme McDonald’s : où que l’on soit, on trouve exactement les mêmes enseignes, les mêmes hamburgers. La ‘Ndrangheta exporte son modèle partout : en Amérique du Sud, bien sûr, mais aussi en Australie, aux États-Unis, au Costa Rica… Et même en Asie désormais. »
Une véritable multinationale qui, un peu partout, trouve à passer des arrangements avec les pouvoirs politiques pour avancer ses pions : « En échange de 5 000 euros, quelqu’un signera le document officiel qu’il ne devrait pas signer… Tel est le saut qualitatif : la mafia n’a plus besoin de tirer ou de brûler des voitures. Il suffit de payer. » Contre l’image d’une organisation traditionaliste en retard sur la modernité, la ‘Ndrangheta donne donc l’image d’une structure parfaitement intégrée à la mondialisation.
Telle était déjà l’analyse de Guy Debord en 1988 dans ses Commentaires sur la société du spectacle : les mafias sont parfaitement à leur aise dans un monde où le déferlement constant de marchandises occulte les mécanismes réels qui gouvernent nos vies.
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