Avril 2024
Philosophie Magazine #178
Dépression, angoisse, pensées suicidaires… Même avant la pandémie de Covid-19, au moins un cinquième des jeunes souffrait de problèmes de santé mentale. Les confinements à répétition n’ont rien arrangé à ce mal-être généralisé auquel n’échappe pas la France, selon une enquête de l’Unicef : « 76,6 % des 6-18 ans indiquent qu’il leur arrive d’être triste ou cafardeux, 53,3 % de n’avoir plus goût à rien, et 64,2 % de perdre confiance en eux. […] 27,2 % des [adolescents] reconnaissent qu’il leur est déjà arrivé de penser au suicide, et 10,3 % qu’ils ont déjà tenté de se suicider. »
Certains parlent d’un « nouveau mal du siècle » – à l’instar du représentant de l’association Youth for Climate France Noé Gauchard, qui y voit le signe d’un « traumatisme écologique ». Inventée au XIXe siècle, cette formule de « mal du siècle » est-elle pertinente pour parler du monde d’aujourd’hui ?
« Trois éléments partageaient donc la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s’agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l’absolutisme ; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir ; et entre ces deux mondes… quelque chose de semblable à l’Océan qui sépare le vieux continent de la jeune Amérique, je ne sais quoi de vague et de flottant, une mer houleuse et pleine de naufrages, traversée de temps en temps par quelque blanche voile lointaine ou par quelque navire soufflant une lourde vapeur ; le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris. »
Si elle s’en distingue par certains points évidents, le malaise contemporain de la jeunesse n’est pas sans rapport avec le mal du siècle dont Musset faisait l’autopsie. Une différence essentielle, toutefois : eco-anxiété, solastalgie… les affects sombres de la crise environnementale mondiale gagnent du terrains ; mais ce mal-être s’accompagne, dans bien des cas, d’une volonté d’engagement plutôt que d’un abandon aux eaux de « l’affreuse mer de l’action sans but ». Une bonne raison d’espérer ?
Avec la succession des confinements et le sentiment d’isolement qui en découle, la santé mentale des plus jeunes se dégrade de façon inquiétante…
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