Avril 2024
Philosophie Magazine #178
Philomag vous propose chaque semaine une sélection d’articles parus dans la presse française et étrangère. Des articles qui nous ont surpris, questionnés, dérangés. L’occasion de découvrir de nouveaux points de vue sur le monde et les événements qui font l’actualité.
Au programme, cette semaine : un bilan économique de la pandémie de Covid-19, une méditation sur la « Terre-Mère », une phénoménologie de l’orgasme, un plaidoyer pour le droit des animaux, une analyse de l’influence de Carl Schmitt sur la pensée chinoise contemporaine et une critique de la rhétorique du séparatisme.
Pourquoi c’est intéressant ? Parce que Boyer insiste sur la diversité des formes de capitalismes, dont la crise pandémique a accentué la concurrence. D’un côté, le capitalisme porté par les Gafam, les géants de nouvelles technologie, continue son expansion. De l’autre, on assiste à la prolifération des « capitalismes d’État ». « La concurrence croissante entre ces deux formes de capitalisme est un facteur de déstabilisation des relations internationales. »
* « Terre-Mère » : reprise à l’envi dans les mouvements écoféministes, l’expression suscite presque toujours un certain malaise. Mettre en regard la « fertilité de la Terre » et la « fécondité des femmes » ne conduit-il pas à essentialiser ces dernières, à naturaliser leur identité, à les enfermer dans des conceptions particulièrement archaïque ? Tout dépend comment on la comprend, affirme la philosophe Émilie Hache dans un article paru sur le site Terrestres. L’interprétation la plus répandue fonctionne sur un modèle analogique : « Les grottes, les cavernes, les sources mais aussi les mines [sont] comparées à son vagin. […] De même que le fœtus croît dans les profondeurs de la muqueuse utérine, ce qui se trouve dans le ventre de la terre est en état de gestation, et vouloir comme les mineurs en précipiter le rythme de croissance et faire accoucher la terre plus vite est un acte aussi dangereux que barbare. » Les femmes se trouvent alors ramenées à leur lien privilégié avec la nature. Il est néanmoins possible d’interpréter l’expression « Terre-Mère » en termes d’appartenance et non d’analogie : il ne s’agit pas, alors, de dire que « les minerais poussent dans le ventre de la terre comme les enfants dans le ventre de leur mère, […] mais que les humains aussi viennent de la terre, que les humains aussi ont poussés dans le ventre de la terre. » Tous les humains, hommes et femmes, partagent une commune condition : « l’humusité ».
Pourquoi c’est intrigant ? Parce que l’on réduit souvent la résurgence du thème de la Terre-Mère à une curiosité New Age farfelue. En retraçant certaines bribes de son histoire, Hache s’efforce au contraire d’en montrer la profondeur et l’ambivalence. Et souligne, en creux, que la transformation de notre rapport à l’environnement passe aussi par le récit, le mythe, l’imaginaire.
Pourquoi ça vaut le détour ? Parce qu’on peut philosopher sur n’importe quel sujet. Et c’est jouissif !
Pourquoi on vous le conseille ? Parce que Nussbaum, récipiendaire du prix Berggruen Prize for Philosophy and Culture en 2018, est une des philosophes majeures de notre époque. Son oeuvre, particulièrement érudite, n’a rien à voir avec celle d’une philosophe enfermée dans sa tour d’ivoire : elle s’engouffre dans les problématiques les plus contemporaines, comme celle du droit des animaux.
Pourquoi c’est intéressant ? Parce que l’on connaît mal les grandes tendances intellectuelles au sein de l’Université chinoise. Les relectures contemporaines de Schmitt illustrent, par ailleurs, les différentes manières dont s’hybrident traditions occidentale et chinoise.
Pourquoi c’est stimulant ? Que l’on soit d’accord avec lui ou pas, Roy a le mérite de la franchise. Et ne retient pas ses coups, non sans un brin de provocation. Selon lui, considérer que la loi de Dieu est supérieure à la loi de l’homme n’est pas antirépublicain. La République reconnaît la liberté pour chacun de pratiquer sa religion. Or « la religion n’est pas seulement de la culture » ; elle passe aussi, chez bien des croyants, par la reconnaissance d’une transcendance – donc d’une supériorité de Dieu sur le monde des hommes.
◉ Le Figaro Magazine publie cette semaine les bonnes feuilles du prochain essai de Pascal Bruckner, Un coupable presque parfait (Grasset). Le philosophe y déplore que « le mâle blanc hétérosexuel » devienne le nouveau bouc émissaire idéal : « Une vaste entreprise de rééducation est en marche, à l’Université, dans les médias, qui demande à ceux qu’on appelle “les Blancs” de se renier. La dernière fois que l’on avait subi la propagande de la race, c’était avec le fascisme dans les années 1930 : la disqualification a priori d’une partie de la population. On était vaccinés, merci. » ◉ Rokhaya Diallo défend Alice Coffin à propos de son désormais célèbre : « les hommes, je ne regarde plus leurs films, je n’écoute plus leur musique ». « Son propos est extrêmement caricaturé, affirme la féministe sur LCI le 5 octobre dernier. Elle dit que l’art est une extension de l’imaginaire masculin », et qu’elle a juste décidé « d’équilibrer cette surreprésentation en consacrant son espace mental à des créations produites par des femmes », justifie Rokhaya Diallo. Deux jours plus tard, toujours sur LCI, Caroline Fourrest, elle, attaque Alice Coffin : « C’est surtout une provocation essentialiste qui n’apporte rien à personne. » ◉ « La protection est un modèle qui, à certains égards, ressemble à un enfer pavé de bonnes intentions », remarque le philosophe Baptiste Morizot le même jour sur France Inter. « La protection infériorise celui qu’on protège, on protège du plus petit, du plus vulnérable. Alors qu’avec le monde du vivant, nous avons affaire à des forces plus anciennes et plus créatives que nous. » ◉
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