Avril 2024
Philosophie Magazine #178
« Je ne connais rien aux échecs, je ne suis pas sûr de comprendre ce qui se passe, mais j’adore », me glissait avant-hier un ami à propos de la nouvelle minisérie Netflix, Le Jeu de la Dame. L’intrigue, portée par l’actrice Anya Taylor-Joy, n’y est pas, bien sûr, pour rien : nous suivons, au fil des sept épisodes, le combat de Beth Harmon, jeune orpheline prodige, pour se faire une place dans le monde (très masculin) des échecs. Partie après partie, elle rejoue certaines des parties les plus célèbres : elle bat Harry Beltik, un champion local, en reproduisant une séquence qui eut lieu à Riga en 1955 entre Rashid Gibiatovich Nezhmetdinov et Genrikh Kasparian ; elle vient à bout de Vasily Borgov en reprenant un mouvement joué au festival de Biel de 1993, lors de l’affrontement entre Vassily Ivantchouk et Patrick Wolff. Autant de références qui laisseront, sans doute, de marbre les néophytes. L’intensité de l’histoire suffit-elle à expliquer l’intérêt pour cette série ? N’y a-t-il pas, aussi, quelque chose comme une fascination inhérente pour les échecs ? Assurément, répondait Amédée Ponceau (1884-1948), philosophe aujourd’hui tombé dans l’oubli qui fut proche du spiritualisme bergsonien et de l’existentialisme naissant de Sartre : si nous nous passionnons pour les échecs, même sans rien y comprendre, c’est que ceux-ci sont comme le symbole de l’existence humaine, tiraillée entre spontanéité et mécanisme.
La série Le Jeu de la dame a ravivé l’intérêt pour les échecs. Pourquoi fascinent-ils toujours à l’heure où l’intelligence artificielle bat les…
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