Avril 2024
Philosophie Magazine #178
Alors que nous célébrons le bicentenaire du déchiffrement de l’écriture des anciens Égyptiens par Jean-François Champollion et que le mouvement post-colonial remet en question l’histoire occidentalo-centrée de la philosophie, il est pertinent de se demander s’il a existé une philosophie égyptienne antérieure à la philosophie grecque, qu’on tient d’ordinaire pour la première dans l’ordre chronologique. Mais de quelle Égypte parle-t-on ? À quoi ressemblait la pensée pharaonique ? Et a-t-elle pu influencer la pensée grecque elle-même ?
La première difficulté à laquelle on se heurte si l’on veut statuer sur l’éventuelle existence d’une philosophie égyptienne, consiste à déterminer de quelle Égypte il est question. Dans la mesure où ce que nous appelons la civilisation de l’Égypte ancienne s’étend sur plus de trois millénaires, parler d’une pensée égyptienne comme si celle-ci était unifiée semble pour le moins imprudent, tant il peut y avoir de variations d’une époque à l’autre. Il ne faut pas perdre de vue que Cléopâtre est chronologiquement plus proche de nous que de la pyramide de Khéops…
Deuxième difficulté : il existe peu de textes qui sont parvenus jusqu’à nous, et si quelques-uns contiennent bien les principes d’une certaine sagesse et d’une vision souvent religieuse du monde, aucun ne se revendique explicitement de la philosophie proprement dite, dont le concept est incontestablement d’origine grecque. Aussi les différents chercheurs qui se sont posé la question se sont surtout mis en quête des éventuelles origines égyptiennes de la philosophie grecque : c’est toujours par rapport à l’émergence de la philosophie en Grèce, et en tant que possible origine de celle-ci, que la philosophie égyptienne est questionnée. De fait, il semble bien qu’à l’époque où la philosophie s’est revendiquée comme telle du côté d’Athènes, c’est-à-dire au VIe siècle environ, la culture égyptienne était l’une des rares civilisations étrangères à être tenue en estime par les savants grecs, qui se sont eux-mêmes interrogés sur l’éventualité d’une origine « barbare » de leur philosophie.
Mais plus précisément, sur quels philosophes cette influence égyptienne aurait-elle pu s’exercer, et par quels biais ? Là commencent les hypothèses et les interprétations les plus arbitraires.
Qui incarne la philosophie ? Sans conteste, c’est Socrate. Il n’est pas le premier des philosophes, mais on désigne ceux qui viennent avant lui…
On peut donner deux sens au mot histoire : ce que l’homme a vécu, et le récit qu’il en fait. En tant que récit, l’histoire suppose l’écriture, dont l’invention marque le passage de la préhistoire à l’histoire. Tournée vers le passé,…
Le philologue français Jean Bollack est mort le 4 décembre 2012 au soir, après avoir passé sa vie à pourchasser ce qu’il appelait l’«obscurité déchiffrable» des textes. Il voulait ainsi «briser l’écran des lectures que la transmission…
La très réputée université de Princeton, aux États-Unis, a décidé de supprimer le caractère obligatoire de l’étude du latin ou du grec pour suivre…
L’Institut du monde arabe, à Paris, lance un nouveau rendez-vous dont Philosophie magazine est partenaire : les « Jeudis de la…
Est-il possible de s’adonner à l’appropriation, à l’enrichissement et à la jouissance sans se demander si l’on n’est pas en train de fauter ou de…
Si les livres de philosophie sur les pensées issues du monde entier ne manquent pas (Grèce antique, monde arabe, Chine, Inde...), une approche…
Le troisième volume des « cahiers noirs » de Martin Heidegger paraît aujourd’hui. Dans ces cahiers XII à XV, on découvre un penseur…