Avril 2024
Philosophie Magazine #178
À chaque crime, la violence des enfants rappelle aux adultes cette dure vérité qu’il n’y pas d’âge pour commettre le pire. En début de semaine, Alisha, une jeune fille de quatorze ans, a été brutalement agressée par un couple d’adolescents dans la banlieue d’Argenteuil. Pour d’obscures raisons de vengeance, le jeune duo, un garçon et sa petite amie de quinze ans, ont tendu à la victime un guet-apens sur les berges de la Seine, et, après l’avoir rouée de coups, l’ont ensuite jetée, blessée, dans le fleuve où elle serait morte par noyade. Cette scène d’une rare brutalité nous révèle une façade plus sombre de la jeunesse, celle des enfants meurtriers.
Si elle reste largement inexplorée de la philosophie, la délinquance des (très) jeunes puise dans le répertoire pourtant bien connu des historiens des faits divers et des meurtres inclassables. L’historien Denis Crouzet rapporte ainsi le rôle des enfants-bourreaux, au XVIIe siècle, qui s’amusaient à saccager les cadavres des ennemis huguenots pendant les guerres de religion. Plus près de nous, les exemples ne manquent pas de violences commises par ces criminels tout juste pubères, mais souvent ignorants ou inconscients de la gravité de leurs gestes.
Cela n’empêche pas toute une tradition morale de maintenir l’enfance comme une période qui resterait préservée du mal, quels que soient la violence et les crimes réels que peuvent commettre les plus jeunes. Et peu nombreux, d’ailleurs, sont les philosophes à avoir osé « dire du mal » des enfants. Au nombre des exceptions, il faut citer le cas de John Locke, le penseur anglais, qui, dans ses Quelques pensées sur l’éducation (1693), aborde avec courage la question de « l’instinct de cruauté chez l’enfant ». Une réflexion pour le moins inhabituelle qui pourrait se résumer en trois points.
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Nous reproduisons des extraits du Second Traité du gouvernement civil de John Locke, traduit par David Mazel.
Notre époque, qui adore tant la jeunesse, oublie parfois que celle-ci débute par un âge peu adorable : l’âge ingrat.