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Philosophie magazine n°178 - mars 2024

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The velvet underground & nico, 1967 (cc) Wikimedia Commons / Ian Burt
Culture

Métaphysique du pop

Cécile Guilbert, Camille de Toledo, Philippe Nassif, propos recueillis par Philippe Nassif, publié le 18 septembre 2012 7 min

En commentant des œuvres de Warhol, Camille de Toledo et Cécile Guilbert, interrogés par Philippe Nassif, dégagent ce qui fait l’essence de ce courant majeur des années soixante. Jouant des codes de l’underground et de la consommation de masse, la notion n’est pas aussi légère qu’il n’y paraît…

L’insoutenable légèreté de l’art

Twenty Marilyns (Marilyns in Color), 1962

Cécile Guilbert : En réaction à l’expressionnisme abstrait, le pop’art est né en Angleterre au mitan des fifties avant d’être porté par l’optimisme social des sixties. Richard Hamilton donne alors cette définition du pop : « Populaire, éphémère, consommable, bon marché, fabriqué en série, jeune, plein d’esprit, érotique, fantaisiste, glamour, lucratif. » Et lorsque Warhol sérigraphie ses Marilyn Monroe, en 1962 [visibles à l’exposition Le Grand Monde d’Andy Warhol, au Grand Palais], il arrive après les grands du pop art américain (Johns, Rauschenberg, Lichtenstein). Mais il va rafler la mise. En tant que cinéaste, photographe, auteur, graphiste, éditeur, journaliste, acteur, animateur de télé et mannequin, Warhol occupe toutes les positions rentables que permet la célébrité au sein du capitalisme. Il va incarner ce moment historique où la collusion du haut et du bas s’accomplit dans l’art, qui se dissout dans la « direction artistique » et le culturel.

Philippe Nassif : Mais cela n’empêche pas nombre d’artistes contemporains de se revendiquer de lui…

Cécile Guilbert : Oui, un Jeff Koons affirme être un héritier de Warhol, faisant du pop et de l’art pour tous. Mais, à l’instar d’un Matthew Barney ou d’un Damien Hirst, ses œuvres sont très cyniques, très lourdes, alors qu’il y avait une élégance et une légèreté chez Warhol.

Philippe Nassif : Le mot « pop » a d’ailleurs gardé une connotation de légèreté. Au sein de la « pop music », les critiques font ainsi le distinguo entre chansons pop et chansons rock – en gros, les Beatles contre les Rolling Stones. « Pop », c’est une belle mélodie que ne vient pas subvertir l’énergie des guitares.

Cécile Guilbert : À la différence d’Iggy Pop !

 

 

Subversion grand public

The Velvet Underground and Nico, le « Banana Album », 1967

Philippe Nassif : C’est une transition parfaite. Warhol dessine en 1967 la fameuse banane qui illustre le premier album du Velvet Underground (mené par Lou Reed et John Cale) : un groupe qu’il produit et qui a été séminal pour toute la culture rock seventies, de Bowie aux Sex Pistols en passant par Iggy Pop. La notion de « pop » recouvrait alors moins l’idée d’une liquidation de l’art que le désir de concevoir des œuvres à la fois critiques et démocratiques, qui mixaient les esthétiques des subcultures underground et alternatives, mais trouvaient un accès grand public. Cette idée a émergé à partir des années quatre-vingt-dix en France, du côté des intellos et artistes dits « branchés ». Ainsi, Les Particules élémentaires de Houellebecq et Les Racines du mal de Dantec ont représenté les deux grands romans pop de cette époque : des livres à forte charge métaphysique, mêlant SF, rock, porno et critique sociale, mais qui se lisaient comme des romans de gare. Ensuite, Mehdi Belhaj Kacem a réactivé le terme de « pop philosophie ».

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