Avril 2024
Philosophie Magazine #178
Engagée dans un travail théorique et politique sur la différence des sexes dans Politique des sexes (Seuil), la philosophe s’est engagée dans une critique de la marchandisation du corps humain dans Corps en miettes (Flammarion, 2009) et des études de genres dans Femmes entre sexe et genre (Seuil, 2012). Elle vient de faire paraître L’Homme désincarné. Du corps charnel au corps fabriqué (Tracts, Gallimard).
“On devrait au moins observer, au nom de la simple raison, que la procréation (assistée ou non) n’a que faire des orientations sexuelles, et qu’elle a en revanche tout à voir avec l’asymétrie des deux sexes, qui ne sont, en la matière, ni équivalents ni égaux.”
“On attend désormais du médecin qu’il dépasse de beaucoup sa mission thérapeutique pour assumer une fonction anthropotechnique, autrement dit qu’il nous permette non seulement de réparer, mais de refaire, de façonner, de corriger, de rectifier le corps humain, et même de le produire de toutes pièces.”
“La promotion d’une Gestation pour autrui (GPA) ‘éthique’ est une plaisanterie de mauvais goût. Autant parler d’un “esclavage éthique” au motif qu’il serait ‘bien encadré’.”
Fondateur de l’Université populaire de Caen, Michel Onfray associe hédonisme et anarchisme. Animateur du site michelOnfray.com depuis 2016, il est notamment l’auteur d’un triptyque: Cosmos (Albin Michel-Flammarion, 2015, dans lequel il critique la démesure de la modernité), Décadence (Albin Michel-Flammarion, 2017, dans lequel il revisite l’histoire de la civilisation occidentale) et Sagesse (Albin Michel-Flammarion, 2019, qui se présente comme une apologie virile de la volonté).
“grande idée de notre époque: il n’y que de la culture, il n’y a pas de sexe”.
“Au nom de cette logique d'égalité, il n'y a pas de raison que les couples d'hommes n'aient pas le droit, comme les couples de femmes, de recourir à la procréation médicalement assistée, donc à la GPA”
Sociologue française, spécialiste de l'art contemporain, Nathalie Heinich a aussi fait de la fabrique de l’identité et des valeurs des sujets de recherche. Elle vient de signer Ce que n'est pas l'identité (Gallimard, 2018), où elle s’essaie à une définition de l’identité par ce qu'elle n'est pas, montrant qu’elle n’est ni “une notion molle, signifiant tout et n'importe quoi ni, à l'opposé, une réalité substantielle qu'il suffirait d'observer”.
“La valeur de protection de l'intérêt des enfants devrait avoir au moins autant sa place, dans cette histoire, que la valeur d'égalité, dont j'ai montré ailleurs qu'elle est sujette à une extension souvent démesurée, aboutissant à des aberrations juridiques, voire morales.”
“Le fait, c'est que nombre de couples homosexuels se débrouillent pour fabriquer des enfants, dotés d'un père et d'une mère (fussent-ils parents par le nom et le comportement et non pas par les gènes), sans exiger pour autant ni de modifier la loi, ni de faire payer par la société le coût de leurs désirs.”
“Ce qui me semble se profiler derrière la volonté d'autoriser la réalisation du désir individuel d'être parent à tout prix, c'est une forme d'hubris, un fantasme de toute-puissance.”
Philosophe et écrivain, spécialiste des Lumières, Élisabeth Badinter a enseigné à l’École polytechnique. Elle a signé de nombreux essais sur les questions de mœurs qui ont marqué le débat public, dont notamment Fausse route. Réflexions sur trente ans de féminisme (Odile Jacob, 2003) et Le Conflit, la Femme et la Mère (Livre de Poche, 2011). Militante de la laïcité, féministe dissidente, elle critique le différentialisme.
“Les controverses sur la GPA transcendent les appartenances politiques; mais nous savons aussi que ses adversaires les plus acharnés sont souvent ceux qui se sont opposés naguère à la contraception, à l’interruption volontaire de grossesse, à la procréation médicalement assistée (PMA). Nombre d’entre eux n’acceptent toujours pas l’homoparentalité, alors que la loi de 2013 a tranché. Le Conseil constitutionnel l’a rappelé: rien dans le droit ne prescrit que la filiation doive imiter la nature.”
“Tout le processus serait bénévole. Ses frais de santé, le suivi de la grossesse, son arrêt de travail seraient pris en charge, mais elle n’en tirerait aucun bénéfice financier.”
Professeure de science politique, Camille Froidevaux-Metterie consacre ses recherches aux mutations de la condition féminine portées par les luttes et la pensée féministes. Elle a signé La Révolution du féminin (Gallimard 2015) ainsi que Le Corps des femmes. La bataille de l’intime (Philosophie magazine Éditeur, 2018), dans lequel elle rend compte d’un mouvement de réappropriation par les femmes de leur corps dans ses dimensions intimes qu’elle appelle le “tournant génital du féminisme”.
“Comment justifier que certaines femmes bénéficient des progrès de la médecine procréative et pas d’autres? Sur le plan des principes, c’est impossible: nul critère ne devrait permettre de distinguer entre celles qui peuvent y avoir recours et celles qui en sont privées, il y va des implications égalitaires du principe de liberté procréative rendu possible par les conquêtes féministes de la Deuxième vague.”
“N’en déplaise aux défenseurs de l’équation ‘un enfant=un papa+une maman’, il se trouve que la famille n’est plus une institution sociale patriarcale mais le lieu d’un accord libre et volontaire. […] Il ne s’agit nullement d’établir un ‘droit à l’enfant’, car nul.le aspirant.e à la parentalité ne se berce plus de l’illusion que quelque chose lui serait dû.”
“Conçue dans un cadre légal soucieux des implications matérielles, médicales et psychiques de sa mise en œuvre, la GPA vient parachever la visée égalitaire associée au principe de liberté procréative en permettant l’égal accès de tous les individus au conditions de réalisation d’un projet parental.”
Directrice d’études à l’EHESS, Irène Théry est spécialiste du droit de la famille et de la vie privée. Elle observe les transformations de la parenté et de la filiation, des relations de sexe et de générations. Elle a notamment fait paraître Des humains comme les autres. Bioéthique, anonymat et genre du don (Éd. de l’EHESS, 2010) et Irène Théry, Mariage et Filiation pour tous. Une métamorphose inachevée(Seuil, 2016).
“L’accès aux origines n’a rien à voir avec la filiation et un donneur ne sera jamais un père. Il faut une révolution conceptuelle, de nouveaux outils pour saisir la réalité. Par ailleurs, il faut savoir dire non lorsque la société organise un secret d’État. Aujourd’hui, le pouvoir détient une information fondamentale sur ces intéressés et prétend la leur refuser pour leur bien.”
“En ouvrant la PMA aux couples de femmes, on ne change absolument rien à la pratique de la PMA sociale telle qu’elle existe depuis cinquante ans, on l’étend simplement à d’autres bénéficiaires.”
“Sur la GPA, je ne connais personne qui soit pour au départ! […] Au départ, je pensais comme tout le monde : si une femme devient mère porteuse, c’est forcément parce qu’elle est poussée par la misère, car elle va être conduite à donner son enfant à un couple, et donner mon enfant, je n’en serais pas capable... Et puis j’ai réfléchi, lu, appris. Aujourd’hui je pense que des gestations pour autrui ‘éthiques’ et même valorisantes pour la gestatrice et pour sa famille qui en est fière, sont tout à fait possibles, car j’en ai rencontrées.”
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