Avril 2024
Philosophie Magazine #178
À l’instar des gauches, les féminismes seraient-ils irréconciliables ? La question semble devoir se poser à l’heure où les sujets de dissension se multiplient et où des courants distincts se posent comme ennemis les uns des autres. Journaliste et philosophe, figure du Mouvement de libération des femmes (MLF) dans les années 1970, Martine Storti signe, avec Pour un féminisme universel (Seuil, 104 p. 11,80 €), un manifeste de l’équilibre et de la (possible) réconciliation. Prenant acte des attaques parfois injustes adressées à un supposé « féminisme blanc » par des féministes « décoloniales », l’autrice invite à ne pas abandonner la critique de cette nouvelle radicalité à la droite et à l’extrême droite, qui instrumentalisent le féminisme à des fins identitaires. Il s’agit de se placer sur une ligne de crête pour éviter les impasses des deux camps et faire signe vers un féminisme véritablement universel qui n’« impose [pas] du particulier » mais « ouvre des possibilités ».
En dessinant une ligne de crête universelle et en évitant le piège identitaire. Tel est en tout cas le programme de Martine Storti. Elle entend dépasser la « double-occidentalisation » – celle qui fait du combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes une propriété de l’Occident ou celle qui la dénonce comme une forme de néocolonialisme. Elle fait signe vers un féminisme véritablement « universel ». Celui-ci entend redonner à l’émancipation des femmes son historicité, montrer qu’elle est le fruit d’une conquête historique qui, si elle a eu lieu à tel endroit à tel moment, peut se reproduire ailleurs, même si les modalités sont différentes. Il n’impose pas de définition de ce que doit être une femme émancipée mais revient à des « mots concrets » – avortement, harcèlement, sexisme, violences – qui les concernent toutes. Selon Storti, il s’agit ainsi de tracer des chemins d’émancipation plutôt que d’intenter des procès, sans se fondre dans un moule uniforme. Les paroles plurielles suscitées par #metoo sont, pour l’écrivaine, un signe encourageant en ce sens.
Pour un féminisme universel, de Martine Storti (Seuil,104 p., 11,80 €) est disponible ici.
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