Avril 2024
Philosophie Magazine #178
L’homogénéité culturelle est-elle essentielle pour définir un peuple, une nation, une communauté politique ? C’est ce que contestent les partisans de l’idée, très critiquée, de multiculturalisme – laquelle trouve un nouvel écho aujourd’hui, alors que la ville de Cologne vient d’autoriser les muezzins de la ville à effectuer l’appel à la prière musulmane.
Faut-il vivre de la même façon pour appartenir à une communauté politique ? Un peuple peut-il subsister sans homogénéité culturelle, sans partager les mêmes pratiques, les mêmes mœurs, le même style de vie ? Peut-il se réduire à la participation à des institutions politiques communes ? Ces questions se posent de manière toujours plus pressante dans nos sociétés contemporaines de plus en plus traversées par la diversité des cultures, des religions, des racines. Au XVIIIe siècle, Jean-Jacques Rousseau se la posait déjà : « Les mêmes lois ne peuvent convenir à tant de provinces diverses qui ont des mœurs différentes, qui vivent sous des climats opposés et qui ne peuvent souffrir la même forme de Gouvernement », écrivait-il dans Du contrat social (1762). À intervalles réguliers, le multiculturalisme ressurgit au cœur des débats. Mais de quoi s’agit-il exactement ?
La philosophe Charles Taylor est l’un des premiers proposer une théorie philosophique le multiculturalisme, dans son ouvrage Multiculturalisme. Différence et démocratie (1992). Le notion lui sert de levier pour critiquer la « citoyenneté uniforme » développée par « l’État occidental » moderne, qui constitue, selon lui, « une camisole de force pour bon nombre de sociétés politiques » traversées par une diversité de cultures, de langues, de religion. La pensée politique moderne considère en effet l’espace public comme un espace « neutre » et homogène, dans lequel les identités de groupes n’ont pas leur place, voire représentent une menace de dissolution de la nation. Il n’y a pas, dans ce paradigme, d’autre groupe légitime que celui de la communauté politique. Les appartenances culturelles sont donc rejetées dans l’espace privé. Seul la différence singulière des individus, définis par leur choix et non par leur héritage qu’il reçoit, y est acceptée.
La manière, moderne, d’appréhender la question des styles d’existence et de la différence culturelle est triplement problématique pour Taylor :
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