Avril 2024
Philosophie Magazine #178
La page Facebook Philosopher Games a publié cette semaine le visage de certains philosophes transformé via les applications de rajeunissement. On y découvre les potentiels « visages adolescents » de Hegel, Nietzsche ou Wittgenstein. Les applications de transformation faciale – qui, à l’aide d’une intelligence artificielle, donnent en l’occurrence une image plus jeune d’un visage – ont connu un succès fulgurant depuis 2017, date de leur apparition sur le marché, à la suite de précurseurs informatiques tels que FaceSwap. Aujourd’hui, de FaceApp à Time Machine – le filtre de rajeunissement de Snapchat –, toutes les entreprises veulent leur application. Pourquoi un tel engouement ? Voir des personnalités plus jeunes peut évidemment faire sourire, mais pas seulement. On ne peut s’empêcher de projeter rétrospectivement sur le visage de l’homme ce que l’on sait de sa vie, de son œuvre, ou de son caractère, et de déceler dans un visage enfantin une sorte de destinée. Pouvait-on lire sur le visage du jeune Hegel la puissance du négatif en germe, percevait-on chez le jeune Nietzsche les prémices de la folie ? Rien n’est moins sûr. Pourtant cette tendance à la projection d’une vie ou d’un caractère sur un visage n’est pas sans rappeler les études proposées par la physiognomonie d’antan. Retour sur une « science » pour le moins pas très éclairante.
« Qu’est-ce qu’il a l’air gentil ! », « il a une bonne tête qui inspire confiance », ou encore « elle a vraiment l’air insupportable, celle-là ! » – en apparence anodines, ces façons de parler trahissent la tendance si répandue que nous avons, instinctivement, à attribuer aux traits d’un visage un certain type de caractère… Ce qui n’est rien d’autre qu’un biais cognitif caractérisé. Toutefois, par le passé, cette inclination a même fait l’objet d’études prétendument scientifiques : c’est ce que l’on appelle la physiognomonie.
Amusons-nous donc de voir les « visages adolescents » de nos grands philosophes sans chercher à y déceler des traits de personnalité ou des signes avant-coureurs d’une pensée… car si l’habit ne fait pas le moine, le visage ne fait pas le caractère.
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