Éternel sédentaire, rigide voire obsessionnel dans sa manière de régler son quotidien à la minute près, l’homme ressemble de prime abord à son œuvre : austère. Alors, ennuyeux, Kant ? Épreuve fastidieuse mais incontournable pour qui veut se faire les dents en philosophie ? Ce serait méconnaître certains traits du personnage : celui que Nietzsche surnommait « le grand Chinois de Königsberg » aimait la compagnie, les discussions animées, la bonne chère et le bon vin. Surtout, sa philosophie est celle d’un aventurier qui, sans se déplacer physiquement, a bouleversé le monde de la pensée. Féru de géographie, Kant explore et cartographie l’esprit, trace les frontières du savoir possible et situe l’océan métaphysique là où les certitudes se perdent. Pour s’orienter, il se sert d’une boussole dont l’homme marque le nord. Car la connaissance, la morale, l’esthétique ou la politique se règleront désormais sur les jugements et les actions dont ce dernier est capable. Ainsi le philosophe nous donne-t-il des raisons de croire en l’homme, en ses facultés et en sa dignité. C’est ce qui le rend toujours actuel, dans des domaines aussi divers que la science, la justice ou la bioéthique, comme nous l’expliquent dans ce dossier des personnalités intellectuelles de premier plan tels Axel Kahn ou Étienne Klein.