Avril 2024
Philosophie Magazine #178
« Je ne suis pas en adéquation avec ça. Et le problème, c’est que ça entache aussi la musique. » C’est ainsi que le rappeur belge Damso, dont le dernier album, QALF, a été le plus écouté au monde sur Spotify le jour de sa sortie, le 18 septembre dernier, a réagi aux différentes affaires d’agressions sexuelles qui minent le milieu du rap depuis la rentrée. En ligne de mire, notamment : Roméo Elvis. Le prochain album de ce dernier, repoussé sine die, devait en effet contenir une collaboration avec Damso, qui ne verra finalement jamais le jour. Une décision sans ambiguïté qui tranche sur les accusations régulières de sexisme et de misogynie à l’encontre du rappeur (« Salope, ferme ta gueule, pour le prix d’un j’te mets deux doigts »[Pinocchio], « Dévergondée, la tepu est mal vêtue / J’la baiserai direct sans mettre de doigt » [QuedelaVie], pour ne citer que deux exemples). En 2018, les polémiques à répétition avaient d’ailleurs poussé l’Union belge de football à renoncer à ce que Damso chante l’hymne dédié à l'équipe nationale lors de la Coupe du monde organisée en Russie. « On ne m’a jamais demandé ce que je pense de la femme. […] Quand je parle de femmes, ce sont mes histoires personnelles, jamais je ne fais de généralités », se défendait-il alors. Et de préciser qu’il comptait se mettre à la lecture de « dix bouquins écrits par des femmes, sur le féminisme en général » – Despentes, Beauvoir, etc.
Deux ans plus tard, cette plongée dans le féminisme se ressent dans le discours de l’auteur de l’album Ipséité (2017) : « Une femme qui se sent respectée, c’est un monde qui se respecte. Là, petit à petit, j’ai vu de la division, avec, d’un côté, les hommes et certaines femmes qui prennent les féministes pour des hystériques, et, de l’autre, des femmes et certains hommes qui prennent les autres pour des bourreaux. Il faut créer un respect mutuel, faire en sorte que personne ne se sente insulté. C’est un problème éducatif, c’est ce que j’ai trouvé dans certains livres, ceux de bell hooks notamment. » Une référence d’autant plus étonnante que, si elle est une figure incontournable de l’afroféminisme aux États-Unis, bell hooks reste relativement peu connue du grand public dans l’Hexagone.
Bell Hooks on Madonna in 1997
— Axmed Maxamed (@_Axm3d) August 21, 2019
“Not only does she come back to patriarchy, she also comes back to white supremacy. I was so amazed by the incredible racist comments she makes in SPIN magazine, [...] about black culture ans black men.” pic.twitter.com/J2gBSB78QT
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