Avril 2024
Philosophie Magazine #178
« Quand on reçoit à dîner, quand on fête un anniversaire, quand on mange au restaurant, c’est six maximum », affirmait Emmanuel Macron lors de son intervention du 13 octobre dernier. La règle était déjà en vigueur au Royaume-Uni avant d’être appliquée par les restaurateurs marseillais et parisiens depuis le 5 octobre afin de limiter la propagation du Covid-19. Elle s’étend désormais à la sphère privée mais aussi aux regroupements dans l’espace public. « C’est une règle morale, précise l’avocat Patrice Spinosi. Il n’y a en aucune façon une quelconque obligation réglementaire ou légale de respecter cette règle des six personnes à un domicile privé » : à moins d’une modification du droit pénal, il est impossible de d’imposer de telles mesures dans les lieux d’habitation. Certes, mais, pour beaucoup, soucieux de suivre la ligne de l’exécutif, cette injonction sonne la fin de la fête et des repas dominicaux en famille ou entre amis. Mais après tout, six à table, est-ce vraiment trop peu pour passer un bon brunch ou un déjeuner revigorant ? Au contraire, affirmait Emmanuel Kant : c’est un chiffre idéal !
« Manger seul est malsain pour un philosophe », affirmait Kant dans l’Anthropologie d’un point de vue pragmatique (1798). Dégusté en solitaire, le repas se réduit en effet à la « satisfaction corporelle », au plaisir des sens – du palais, des narines. Au contraire, en bonne compagnie, il est l’occasion d’un plaisir plus subtil : celui de la conversation. Fidèle à son précepte, le penseur de Königsberg s’efforçait d’ailleurs d’avoir toujours des convives au déjeuner.
Certes, les nouvelles restrictions imposées pour endiguer la propagation du Covid-19 vont obliger bon nombre d’entre nous à renoncer au plaisir des fêtes, des grandes tablées ou des sorties en boîte de nuit. Mais, plutôt que de nous complaire dans le regret, Kant nous invite à redécouvrir le bonheur de la conversation en petit comité.
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